J'ai souvent besoin de vérifier pendant la phase de peinture, la troisième dimension pour mettre en parallèle, confronter volume et surface. Le volume projette une image dans l'espace qui vient doubler la surface peinte. Cette projection se trouve altérée, attirée, et repoussée par le sujet et le contexte immédiat de l'oeuvre. II se produit alors une rupture dans la relation peinture / sculpture qui engendre une nouvelle forme, ou une image, qui sera isolée, détachée pour être traitée par la suite.

Les travaux en grès de 1978, les installations éphémères de 87, les grandes sculptures de tôles soudées oxydées, les bronzes, les massacres de 97 obéissent tous au même mode de penser et de faire, élaboré dans les années 80 : le démontage.

Dans ce travail tout objet ou élément en volume doit subir une transformation, un démontage réel ou virtuel pour pouvoir s'intégrer à l'intérieur d'une sculpture. Les bronzes soudés et les "massacres" ont été réalisés pour devenir des "refuges", des lieux d'attente. Ils sont composés pour la plupart de trois pôles bien distincts.

L'animal, le végétal, l'objet.

Chaque élément retenu - même le plus modeste - doit être suffisamment autonome, différencié, pour pouvoir assurer son rayonnement propre.

J'ai imaginé ces pièces comme si elles venaient d'être découvertes dans une zone archéologique "absurde" où le vivant et l'inanimé auraient été fondus, pétrifiés par un événement géologique impalpable, capricieux : le temps.


Jean Gaudaire -Thor
Notes d'atelier
Février 1998

ANABA, 1978
Grès de Pontigny
Diamètre 30 cm
KERMA, 1978
Grès de Pontigny
Diamètre 30 cm
BOUHEN, 1997
Grès de Prissac
35 x 25 x 15 cm
WADI HALFA, 1996
Bronze
11 x 38 x 15 cm
LA MARE CLOUEE, 1997
Bronze
8 x 16 x 14 cm
BISSING, 1996
Bronze
25 x 18 x 10 cm
Fondeur. Clémenti. Meudon
SETHI'S DREM, 1997
Bronze
9 x 11 x 12 cm
CONFIDENCES, 1997
Bronze
14 x 13 x 15 cm
JGUITARES
UD
GUNBRI
RABAB


Ces instruments ont été créés pour rester muets.
Ils viennent du fossile, de l’os gravé magdalénien.
Les cordes dis/tendues donnent du volume au centre de l’instrument.
Les guitares cubistes donnent a voir leur intériorité, y est présente la construction cézannienne. Dans ces œuvres cubistes les cordes sont tendues, raides, elles servent la verticalité, donnent la tension à la construction.
Pour moi le jeu des cordes constitue l’élément fluide de la sculpture.
Ce rythme souple rejoint par ces ondulations mes tracés, mon écriture, (le double 8).
Les incisions pratiquées dans l’enduit de surface, annulent toute velléité de son / le mutisme du fossile.
Mais la pierre aurait-elle gardée la mémoire du son originel ?


Notes d’atelier
Septembre 2002

UD, 1998
Technique mixte sur bois
100 x 40 x 25 cm
UD, 1998
Technique mixte sur bois
85 x 40 x 20 cm
UD, 1998
Technique mixte sur bois
80 x 40 x 25 cm